réflexions

Tu vois ce que je veux dire…

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Vos commentaires d’hier m’amènent à remettre en ligne ce billet sur le regard…
regard qui nous porte et nous construit
Un tableau, une photo, le regard porté sur les êtres, les choses, les paysages, les mots, révèle l’importance de notre regard et non la chose regardée, “l’intentionnalité totale” selon Lacan.
Regard réel, imaginaire, symbolique.
Une lecture avait nourri une de mes reflexions sur le regard, j’en délivre quelques bribes.

*”Les yeux dans les yeux”

Que serions-nous sans cette lumière d’amour projetée sur nous, le regard d’une mère, de l’être aimé ou de ses pairs et de ses maîtres…
Partage de besoin, tels sont les fondements de cet échange muet.
Etre regardé pour se sentir exister, regarder pour trouver sa place dans le monde, sous des yeux tour à tour encourageants ou intimidants, autoritaires ou amoureux.
On ne peut se connaître soi-même qu’après avoir été reconnu par un autre. L’autre nous dit qui nous sommes, sans cette irruption de l’altérité dans nos vies, nous n’existons pas.
Et le regard est le fondement de cette altérité.

Celui des parents, plus qu’important, vital, il construit mais peut aussi détruire…

Pour combien il est difficile de se regarder soi-même avec bienveillance, les dégâts intérieurs étant considérables, l’enfant méprisé regarde avec dureté les autres aussi durement qu’il a été regardé. On parle souvent des mots qui blessent, des mots qui tuent, mais le regard a aussi cette force-là. Le regard est un formidable support d’intentions.

Le regard amoureux, illustration d’un dialogue sans mots…

Regard qui cherche et qui s’offre tout à la fois. Peut-être lorsque l’on est amoureux on ne regarde pas l’autre mais une lumière en lui ? Une recherche d’un au-delà.
Tomber amoureux témoigne bien d’une chute, d’un déséquilibre, de quelque chose qui nous arrive à corps défendant. L’état amoureux nous replace dans une passivité, une dépendance proche de celle du nourrisson .Dans le regard amoureux, il y a éblouissement de cette défaite de la volonté et la renonciation à sa propre clôture existentielle.

Les yeux rivés sur nos écrans pour communiquer…

Avec la télé, l’ordinateur, nous pouvons voyager, séduire, s’instruire sans jamais croiser un regard. Ainsi pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, dans nos sociétés occidentales prévaut la croyance selon laquelle nous serions totalement maîtres de nos pensées, de notre destin, de nos choix. Tout-puissants, mais seuls.
Autre paradoxe, on refuse d’être dépendant du regard de l’autre, mais jamais notre besoin d’être vu, célèbre, considéré n’a été aussi fort. Course à la performance épuisante et qui fait des ravages en termes de mal-être.
Il nous faut réapprendre à accorder de l’importance au regard de l’autre dans nos vies.
Ce regard qui a été fondateur de l’humanité, c’est un regard qui nous porte et nous construit.


*” Les yeux dans les yeux”  Pr. Daniel Marcelli, psychiatre éditions Albin Michel

Photo  de l’expo « Antr’Voir  » de Jacques Busnel
Montpellier,  Royal Hôtel 8, rue Maguelone
jusqu’au 31 mai
avec mes remerciements