Livres

La Maison du Miroir…

img_6497127288001513004591131.1300459551.jpg

La Reine Alice

J’ai découvert par l’intermédiaire d’une critique d’un ami écrivain ce livre vrai bijou de sensibilité, d’intelligence, d’élégance folle, d’espièglerie, d’humour,
« La reine Alice » de Lydia Flem,
(psychanalyste à qui l’on doit des ouvrages sur Freud, Casanova…)
cette traversée du miroir, ce basculement,ce face à face..

Je vous livre une partie de la critique …

…Un soir à la veille des vacances, elle essayait des robes d’été, quand elle touche une
 » petite boule ». Elle vient de passer  » de l’autre côté « . Du côté de la maladie, du cancer (jamais nommé). Comme Alice, elle pénètre dans la Maison du Miroir,  » hélas il ne s’agissait rien d’un jeu d’enfant. »Rien de merveilleux ici, que du cauchemar, sans rire.
La mort en face.
Elle bascule, donc. Le monde s’écroule, les cheveux tombent, le bonheur vous pose un lapin, Alice tombait elle dans le terrier du Lapin Blanc.
Car voici la botte secrète de Lydia Flem, une arme redoutable : la littérature.
Son allié : Lewis Carroll. Son modèle, Alice, la petite fragile qui sut sortir des situations les plus extravagantes, celles auxquelles personne n’est préparé.
Lydia/Alice va s’égarer dans le Labyrinthe des Agitations vaines, rencontrant quantité de personnages déboussolés et déstabilisants : Le Ver à soie, une Licorne, Balbozar, un Troll, Lady Cobalt, le chimiste évidemment, le Docteur bien sûr…
« Le temps dansait à contretemps » Lydia/Alice est entrée dans le temps de la maladie. Elle cherche les mots pour dire cet univers où l’on vit dans une fiction absolue
(ce qui nous arrive n’est tout bonnement pas possible, ne peut advenir) et pourtant d’une cruelle réalité. Elle s’accompagne d’une phrase de Diderot : « Sensible dans le tout et secret dans chaque point »
Un jour, Alice n’aura plus peur de rien, elle éclatera de rire. Son épreuve, son
 » trésor « , elle en fera un conte, un livre unique, d’une délicatesse, d’une humanité rares.
J.L

book_cover_la_reine_alice_143129_250_400.1300459764.jpg

L’extrait…
 » Quelque chose avait basculé ; Un instant plus tôt rien n’était arrivé, un instant plus tard tout était bouleversé. […]
Comment nommer ce qui venait de se passer, de surgir comme la bête dans la jungle, elle ne le savait pas. Peu importait le nom d’ailleurs. Le mot était là, à n’en pas douter, même si elle hésitait à la désigner d’un nom ou d’un autre. Alice s’interrogeait : à quel moment la joie s’était-elle retirée ? Quand le basculement s’était-il produit ? Où était la frontière entre un ici déjà étrange et un là-bas inquiétant mais encore familier ? […] Comment sous le doigt innocent une petite boule éveillait-elle l’attention ?
Dans la partie de cartes contre le Roi et la Reine de cœur, Alice avait perdu ; ils l’avaient condamnée :
-Qu’on lui tranche la tête ! […]
Alice savait qu’elle n’avait pas d’autre choix que de consentir, donner son consentement à ce qui était advenu, à ce qui était. Ne pas se cabrer, ne pas se révolter ; au contraire : épouser le déséquilibre, chercher les forces obliques,
la botte secrète.
Dire oui.
Oui, dans les larmes et dans les rires.
Il naîtrait peut-être des arcs-en -ciel. «   pp.11-13

La Reine Alice, Lydia Flem ,éditions du Seuil  

 

crédit photo Lydia Flem « Contretemps »