Livres, peinture...photographie...art...

C’était une nuit extraordinaire…

 

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  Vincent Van Gogh, « La nuit étoilée »
Huile sur toile (92x74cm) Museum of Modern Art, New York

Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l’herbe. Elles étaient en touffes avec des racines d’or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit.Jourdan ne pouvait pas dormir. Il se tournait, il se retournait. «Il fait un clair de toute beauté», se disait-il. Il n’avait jamais vu ça.
Le ciel tremblait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immobile, même le plus petit pompon d’osier. Ça n’était pas le vent. C’était tout simplement le ciel qui descendait jusqu’à toucher la terre, racler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des forêts. Après, il remontait au fond des hauteurs[…]

[…] Il y a sur la terre de beaux moments bien tranquilles[…]

[…] Il y avait tant de lumière qu’on voyait le monde dans sa vraie vérité, non plus décharné de jour mais engraissé d’ombre et d’une couleur bien plus fine. L’oeil s’en réjouissait. L’apparence des choses n’avait plus de cruauté mais tout racontait une histoire, tout parlait doucement aux sens…

…Depuis longtemps il attendait la venue d’un homme. Il ne savait pas qui. Il ne savait pas d’où il viendrait. Il ne savait pas s’il viendrait. Il le désirait seulement. C’est comme ça que parfois les choses se font et l’espérance humaine est un tel miracle qu’il ne faut pas s’étonner si parfois elle s’allume dans une tête sans savoir ni pourquoi ni comment.Le tout c’est qu’après elle continue à soulever la vie avec ses grandes ailes de velours.
«Moi, je crois qu’il viendra», se dit Jourdan.
Et puis, c’est bien vrai, la nuit était extraordinaire. Tout pouvait arriver dans une nuit pareille. Nous aurions beau temps que l’homme vienne[…]

Jean Giono, in « Que ma joie demeure »
Tome II  Pléiade Gallimard

Jean Giono et Van Gogh tous deux nés un 30 mars d’où cette association .
J’aurais aussi pu associer » Le poème des oliviers » de Giono
et le tableau « Les oliviers » de Van Gogh…

 

rêves

Fascination…

Devant la nuque de Misia !

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Edouard Vuillard, » La nuque de Misia  »
Huile sur carton 13,5×33cm,
collection particulière.

Ce tableau m’a toujours fascinée et mon émotion était palpable quand lors d’une expo,
il était là devant moi. Il s’en dégage tant de sensualité alanguie.
Apparution fugace comme une illusion,visage incliné dans l’ombre,
nuque découverte baignée de lumière dorée.
Souvenirs flous chargés d’impressions violentes.
Je ferme les yeux et t’imagine,tu es là, près de moi, si près .
Je sens ton souffle, tes mains caressent ma nuque.
J’ouvre les yeux, tu n’es pas là…
Ce n’était qu’un rêve !

 

 

Livres, réflexions

Oeuvres vives…

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[…] Je me suis demandé quelle est cette force indécelable à l’œil et qui tient ensemble notre vie qui, d’une multitude atomisée d’instants, parvient à faire une unité. De quelle nature est-il cet invisible mortier ?
Je crois le savoir désormais… c’est la nuit, la face cachée aux regards.
Tout ce qui a constitué nos vies et continue de le faire, les formes et les contours du monde mani­festé, les espérances, les attentes, les séparations et les jubilations, tout trouve sa consistance ultime dans le formidable alambic de la nuit[…]

[…] Quand je demande à ceux que je rencontre de me parler d’eux-mêmes, je suis souvent attristée par la pauvreté de ma moisson.
On me répond : je suis médecin, je suis comptable…j’ajoute doucement… vous me comprenez mal : je ne veux pas savoir quel rôle vous est confié cette saison au théâtre mais qui vous êtes, ce qui vous habite, vous réjouit, vous saisit ?
Beaucoup persistent à ne pas me comprendre, habitués qu’ils sont à ne pas attribuer d’importance à la vie qui bouge doucement en eux[…]
[…] Qui sait encore que la vie est une petite musique presque imperceptible qui va casser, se lasser, cesser si on ne se penche pas vers elle ?
Les choses que nos contemporains semblent juger importantes déterminent l’exact périmètre de l’insignifiance : les actualités, les prix, les cours en Bourse, les modes, le bruit de la fureur, les vanités individuelles. Je ne veux savoir des êtres que je rencontre ni l’âge, ni le métier, ni la situa­tion familiale : j’ose prétendre que tout cela m’est clair à la seule manière dont ils ont ôté leur manteau. Ce que je veux savoir, c’est de quelle façon ils ont survécu au désespoir d’être séparés de l’Un par leur naissance, de quelle façon ils comblent le vide entre les grands rendez-vous de l’enfance, de la vieillesse et de la mort, et comment  ils supportent de n’être pas tout sur cette terre.

Je ne veux pas les entendre parler de cette part convenue de la réalité, toujours la même, le petit monde interlope et maffieux : ce qu’une époque fait miroiter du ciel dans la flaque graisseuse de ses conventions!
Je veux savoir ce qu’ils perçoivent de l’immensité qui bruit autour d’eux.
Et j’ai souvent peur du refus féroce qui règne aujour­d’hui, à sortir du périmètre assigné, à honorer l’immensité du monde créé.
Mais ce dont j’ai plus peur encore, c’est de ne pas assez aimer, de ne pas assez contaminer de ma passion de vivre ceux que je rencontre.
Vous le savez tout comme moi : ce qui reste d’une existence, ce sont ces moments absents de tout curriculum vitae et qui vivent de leur vie propre ; ces percées de présence sous l’enveloppe factice des biographies

Une odeur     

                Un appel   

                                 Un regard

Et voilà les malles, les valises, les ballots solidement arrimés dans les soutes qui se mettent en mouvement, s’arrachent aux courroies et aux cordages et vont faire chavirer le navire de notre raison quotidienne !
Non qu’à ces moments-là nous devenions fous. Loin de là.
Un instant, à l’enfermement, à l’odeur confinée du fond de navire a succédé le vent du large.
L’illimité pour lequel nous sommes nés se révèle.
De même que les poumons lors du premier inspir se remplissent brusquement d’air et arrachent au nouveau-né un cri, les bannières de mémoire soudain lâchées dans le vent se déploient et claquent.
Le souvenir de sa royauté atteint l’esclave au fond des cales. La conscience passe en un instant de ce qu’on appelle pour un navire les  » oeuvres mortes « , confinées sous la ligne de flottaison, aux  » oeuvres vives » que baignent les embruns et la lumière.[…]

 

Christine Singer,
Extrait de la préface  » Les Sept Nuits de la Reine »

Livres

La rose sans épines…

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Claude Monet, Les Roses, 1925-26, huile sur toile, Paris, Musée Marmottan.

 

…Croyant toujours pouvoir  posséder tout, je ne tenais plus rien…

Je désespérais maintenant de saisir cette rose sans épines qu’est la plénitude lyrique de l’instant.
Et je me souvins alors, mais alors seulement, de ce petit jardin d’Assise où, ivre de renoncement, François se jeta sur des rosiers pleins de ronces et où ceux-ci perdirent instantanément, et continuèrent à perdre tous leurs piquants.
L’expérience religieuse (Amour de Dieu, amour des hommes) se révèle inverse de l’expérience poétique.
François avait désiré l’épine et il a obtenu la rose, pour toujours.
Pourquoi faut-il que nos voies soient si diverses ?

 

 

Jean Grenier, in « Inspirations méditerranéennes »
La rose sans épines

 

Bon week-end!

humour

Humour du vendredi…

 

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« En amour il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie »
Honoré de Balzac

 

L’absence
Le mari: -Pourquoi ne me le dis-tu jamais quand tu as un orgasme ?
Elle:- Parce que tu n’es jamais là.

Dialogue
-ça fait cinq ans qu’on est mariés, et on n’est jamais parvenus à être d’accord sur quelque chose.
-Tu as tort, ça fait six ans qu’on est mariés.

Justement
-Je crois , dit une femme, que je vais consulter un conseiller matrimonial, pour lui exposer mon problème.
– Qu’est-ce que c’est que cette invention ! rugit son mari.
Il n’y a rien à dire sur notre vie conjugale. Pas un mot !
-Eh oui. Il est bien là, mon problème !

Mais tout espoir n’est pas perdu à en croire Sacha Guitry

Deux personnes mariées peuvent fort bien s’aimer…
si elles ne sont pas mariées ensemble.

 

mais « L »ennui est un avertissement qu’on n’écoute jamais trop  » Claude Roy

 

Livres, peinture...photographie...art...

La beauté…

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William Turner, Soleil couchant sur un lac, vers 1840-1845
Huile sur toile, 91,1 x 122,6 cm
Londres, Tate Gallery

À l’enfant qui me deman­derait ce que c’est que la beauté
– et ce ne pourrait être qu’un enfant, car cet âge seul a le désir de l’éclair et l’inquiétude de l’essentiel – je répon­drais ceci : est beau tout ce qui s’éloigne de nous, après nous avoir frôlés. Est beau le déséquilibre profond – le manque d’aplomb et de voix – que cause en nous ce léger heurt d’une aile blanche.
La beauté est l’ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légè­reté de vivre. Je lui montrerais le ciel où les anges, en s’essuyant les mains dans un nuage, donnent une peinture de Turner, et je prendrais pour lui une poignée de cette terre, sur laquelle nous allons. Je lui dirais qu’un livre c’est comme une chanson, que ce n’est rien, que c’est pour dire tout ce qu’on ne sait pas dire, et je couperais pour lui une orange. La promenade se poursui­vrait loin dans le soir.
Dans le silence, nous découvririons enfin, lui et moi, la réponse à sa question.
Dans l’immen­sité lumineuse d’un silence que les mots effleurent sans le troubler.

 

Christian Bobin, in,  » Le huitième jour de la semaine »

 



"Double je"

Viens, viens…

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Viens, viens,…

Je sais que le monde autour de moi n’est pas serein  qu’il apporte chaque jour son lot de catastrophes en tous genres, que les hommes sont prêts à tout pour acquérir le pouvoir, que les hommes meurent, s’entre-tuent, j’ai choisi délibérément de laisser tout cela en dehors de ce blog, de le vivre à ma façon, silencieusement, attentive et active.

Mais aujourd’hui je n’ai su résister à ce « viens » que me murmurait mon jardin. Alors j’ai sorti les matelas, je me suis allongée  sur la chaise longue, j’ai fermé les yeux, le vent jouait dans les branches du pin au-dessus de ma tête, les oiseaux chantaient leur hymne à l’amour et j’ai laissé le soleil colorer légèrement ma peau.

Je me suis mise à rêver à ma première escapade printanière, j’ai pris une carte des routes de France, j’ai pointé mon doigt au sud, il s’est arrêté sur Uzès, il ne me reste plus qu’à réserver un hôtel avant de rejoindre mon pays du vent et des embruns bientôt !

Viens, viens…
Oui, j’accours !