Livres

Mes mains…

« Et ce fut à ce moment que mes mains m’apparurent. Mes mains reposaient sur les touches, deux mains nues, sans bague, sans anneau, et c’était comme si j’avais sous les yeux mon âme deux fois vivante. Mes mains (j’en puis parler, parce que ce sont mes seules amies) me semblaient tout à coup extraordinairement sensitives; même immobiles, elles paraissaient effleurer le silence comme pour l’inciter à se révéler en accords. Elles reposaient, encore un peu tremblantes du rythme, et il y avaient en elles tous les gestes futurs, comme tous les sons possibles dormaient dans ce clavier. Elles avaient noué autour des corps la brève joie des étreintes; elles avaient palpé, sur les claviers sonores, la forme des notes invisibles; elles avaient dans les ténèbres, enfermé d’une caresse le contour des corps endormis. »

Marguerite Yourcenar,
Alexis ou le traité du vain combat.

citation

Comédie humaine…

« Dans le temps on se voyait.
On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l’impossible,
convaincre ceux qu’on adorait en les embrassant, en s’accordant à eux.
Un regard pouvait changer tout. »

Jean Cocteau
Comédie humaine

Photos du film
Baisers volés
François Truffaut

Livres

Calme…

« Si notre regard portait au-delà des limites de la connaissance, et même plus loin que le halo de nos pressentiments, peut-être recueillerions-nous avec plus de confiance encore nos tristesses que nos joies.
Elles sont des aubes nouvelles où l’inconnu nous visite.
L’âme, effarouchée et craintive, se tait :
tout s’écarte, un grand calme se fait, et l’inconnaissable se dresse, silencieux »

Rainer Maria Rilke
Lettre à un jeune poète

Ecrire

Automne…

Tourbiere de Lispach, La Bresse, Vosges, France


Saison clé, saison délicate, saison sensuelle,
saison qui autorise toutes les couleurs de roux, d’ambre,
toutes les humidités, toutes les révélations.
Saison, où tout vire doucement, avant de tout perdre,
pour mieux renaître au printemps.


crédit photo: Sébastien Brière

Ecrire

Je me souviens…

La journée s’annonce chaude, elle en profite, arrive la première.
Elle étend sa serviette devant les rochers du milieu, au loin un bateau tâche de rejoindre l’horizon.
Elle se baigne en gardant ses lunettes de soleil, parfois elle les relève au-dessus du front, elles lui servent de serre-tête.
Elle sort de l’eau, ses cheveux balancent des gouttelettes tout autour d’elle.
Elle s’allonge sur le rectangle d’éponge, se retourne, s’appuie sur un coude.
La position est épuisante, elle tient un livre entre ses mains.
Elle est seule sur la plage.
Elle se relève, jette un caillou dans les vagues, se souvient des jeux qu’elle appelait les“cailloux magiques “.
Le ciel est d’un bleu insolent, un sourire lui barre le visage,
elle vient de se rappeler qu’il pleut ailleurs.
A midi, elle déjeune sous une tonnelle, d’une salade et d’un verre de rosé, son chapeau de paille ne la quitte pas, il lui donne quelque chose d’inaccessible.
Elle a dû avoir des enfants, ils sont grands maintenant.
Elle habite sûrement une de ces maisons de crépi blanc au milieu des pins parasols.
Elle a des secrets, des souvenirs…

"Double je"

Entre-deux…

Il me plairait de partir vers la mer, goéland, mouette, à tire d’ailes vers le large,
dans l’entre-deux du bleu et de l’azur.
Partir, pour me confronter à mes rêves, à des réalités inédites, et m’emmener dans les
couloirs de l’univers rencontrer des bourrasques, des typhons, de multiples corps et
regards, des brises, des parfums, des ressacs.
Entre deux rafales de silence une part de moi-même se mêle au vent, il me reste à écrire
mes blessures dans le sable et graver mes joies dans la pierre.

photo Gruissan (aude)

"Double je", Ecrire

Tout ce qu’elle sait…

La nuit fut blanche.
Les rêves butaient contre un mur d’ombres.
Ce matin, les mots rôdent dans ma mémoire ils ont le goût de la nuit.
Ils s’entrechoquent et cognent dans ma tête.
Ma main les retient pour ne pas les déposer sur la page.
Y a-t-il encore un langage quand l’ultime pudeur empêche de les mettre en mots ?
Ils seraient les bienvenus pour libérer les pensées chagrines.
Mais seraient-elles moins vives sur la page que dans le cœur ?
C’est en bouquet d’images que je les transforme, tantôt aux couleurs éclatantes,
tantôt aux couleurs tendres.
Ils deviennent bouquet de fleurs froissées.
Tant de mots un autre silence.
La nuit a emporté tout ce qu’elle sait de moi.

photo Katia Chausheva

Livres

Le chemin…

« Le Chemin est un chemin, voilà tout. Il monte, il descend, il glisse, il donne soif,
il est bien ou mal indiqué, il longe des routes ou se perd dans les bois et chacune de
ces circonstances présente des avantages – et aussi pas mal d’inconvénients.
Bref en quittant le domaine du rêve et du fantasme, le Chemin apparaît brutalement
pour ce qu’il est : un long ruban d’efforts, une tranche du monde ordinaire, une épreuve
pour le corps et l’esprit.
Il faudra batailler rude pour y remettre un peu de merveilleux…. »

Jean Christophe Rufin
Immortelle randonnée